Un propriétaire ne peut pas exiger le remboursement de toutes les charges engagées pour un logement loué, même si celles-ci concernent le bien occupé par un locataire. Certaines dépenses, pourtant liées à l’entretien courant ou aux services, échappent à toute récupération, tandis que d’autres, plus inattendues, figurent sur la liste officielle des charges récupérables.
La frontière entre charges récupérables et non récupérables, fixée par décret, réserve parfois des surprises lors de la régularisation annuelle. Des erreurs fréquentes surgissent, qu’il s’agisse d’un simple oubli ou d’une confusion entre travaux d’entretien et réparations majeures.
Charges récupérables et non récupérables : comment distinguer ce qui revient au locataire ou au propriétaire ?
Savoir si une charge est récupérable ou non implique de se référer au décret n°87-713 du 26 août 1987. Ce texte pose sans détour la liste complète des charges que le propriétaire peut réclamer à son locataire. On ne laisse aucune place à l’interprétation personnelle : seules les dépenses listées y figurent parmi les charges locatives récupérables.
Pour y voir plus clair, on retrouve trois grandes familles de dépenses courantes :
- Services liés au logement ou à l’immeuble : électricité des parties communes, entretien de l’ascenseur, rémunération entière de l’employé d’immeuble, ainsi que pour le gardien ou concierge, 75 % si ce dernier s’occupe à la fois de l’entretien et de la sortie des poubelles, 40 % si une seule de ces tâches est assurée.
- Entretien et réparations d’usage : ménage dans les parties communes, entretien des espaces verts, interventions régulières dans les lieux partagés.
- Taxes locatives : par exemple la taxe d’enlèvement des ordures ménagères ou la redevance d’assainissement.
Tout ce qui échappe à ces catégories fait partie des charges non récupérables et reste à la charge exclusive du propriétaire. Cela inclut les travaux de rénovation importants, les primes d’assurance de l’immeuble, les honoraires de syndic, ou encore les dépenses d’amélioration non mentionnées dans le contrat de location. L’exemple le plus parlant : la taxe foncière, qui ne peut jamais être réclamée au locataire, indépendamment du type de bail.
Pour ne pas se tromper : toute dépense absente de la liste officielle fixée par décret reste du ressort du bailleur. Cette règle s’applique strictement, que le logement soit vide, meublé ou en colocation. Ni la législation de 1989, ni le décret de 1987 ne laissent de marge de négociation, même avec l’accord des deux parties.

Régularisation des charges locatives : étapes clés, justificatifs à fournir et conseils pour limiter les dépenses
La régularisation annuelle des charges locatives se base sur un principe limpide : confronter les provisions versées chaque mois par le locataire aux dépenses réellement engagées par le propriétaire. Une fois par an, chaque chiffre tombe. Un trop-perçu doit être restitué. Si le propriétaire a avancé plus de frais que les provisions reçues, il réclame la différence.
Voici comment s’organise en pratique la régularisation :
- Transmission au locataire d’un décompte détaillé des charges : la nature, le détail poste par poste, les montants… tout doit être transparent.
- L’ensemble des justificatifs (factures, contrats d’entretien, relevés de copropriété) doit pouvoir être consulté durant six mois par le locataire.
- Si le calcul est favorable au locataire, il doit récupérer la somme trop versée sans tarder ; à l’inverse, le propriétaire peut solliciter un complément.
En location meublée, colocation ou bail mobilité, c’est le forfait de charges qui prévaut : là, aucun réajustement annuel, sauf clause expresse prévue au contrat. Pour la location vide classique, ce contrôle est systématique et s’impose d’office.
Les réclamations surviennent souvent dans la foulée. Le locataire a la possibilité de demander les justificatifs, de contester le calcul, voire de saisir la Commission de Conciliation ou le tribunal judiciaire. Chaque partie dispose de trois ans pour agir sur les régularisations litigieuses.
Pour limiter les charges et éviter les déconvenues, quelques réflexes peuvent faire toute la différence :
- Surveiller régulièrement les dépenses engagées
- Traquer les augmentations à venir des charges de copropriété
- Examiner systématiquement les factures et les comptes de charges
- Renégocier les contrats d’entretien dès que possible
Gérer les charges de façon proactive et transparente, c’est bien plus qu’une question d’économie. C’est aussi installer un climat serein, où chaque acteur maîtrise la règle du jeu et ses responsabilités. Mieux vaut éplucher un relevé que déplorer un désaccord, et faire preuve de clarté plutôt que d’alimenter un dossier de litige. Se tromper de case, c’est risquer de nourrir des tensions, alors autant garder la main sûre sur la frontière.

